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Cérémonie du 8-Mai : Louis Chéret rejoint ses camarades



Cela fait longtemps que les cérémonies du 8-Mai ne nourrissent plus les pages locales de nos journaux. Et encore plus au lendemain d’une élection présidentielle aussi usante qu’inquiétante au regard de son résultat final. Jean Létoquart, 1er adjoint, n’en dira pas moins lors de son discours : "Aujourd’hui nous sortons d’une élection particulièrement pénible où le fascisme a fait son grand retour sur le devant de la scène. Si à l’époque on avait pu imaginer ce gâchis." Heureusement il reste au moins cette Paix pourtant bien malmenée depuis 72 ans. Cette Paix qui n’aurait pu se matérialiser sans l’engagement, parfois le sacrifice d’hommes et de femmes ayant choisi la Résistance. Louis Chéret, mort à 57 ans en 1961 après avoir été déporté pour acte de résistance à l’occupation nazie, était de ceux là (lire sa biographie ci-dessous). Et pour sa famille, ce lundi 8 mai 2017 revêtait une importance toute particulière. En effet, après celui de Robert Vansteenkiste l’an dernier, son nom est désormais gravé sur le monument aux morts. "Cela peut paraitre étrange à certains d’obtenir le droit d’avoir leur nom inscrit sur le monument aux morts alors qu’ils ont survécu bien des années après les combats.

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Cette mention est attribuée par le ministère des Anciens Combattants, dès lors que la preuve est apportée que le décès est imputable à un fait de guerre, que ce décès soit survenu pendant le conflit ou ultérieurement" (Jean Létoquart). Bernard Chéret, l’un de ses fils, lut un discours chargé d’émotions avant que les élèves de l’école de musique n’entonnent la Marseillaise. Louis Chéret a rejoint ses camarades, raison de plus, pour le 1er adjoint, de ne pas oublier ceux qui ont contribué à cette paix dont nous jouissons encore. " J’évoquais tout à l’heure la nécessité de se souvenir par respect pour ceux qui ont souffert durant cette guerre et aussi pour éviter l’humiliation de revivre ce que nous avons vécu hier, lors de cette élection honteuse.... Pourtant le 8 mai 1945 si l’Europe tournait la page la plus sombre de son histoire, elle en ouvrait une autre pleine d’espoir et de confiance en l’humanité.... Tant de conquêtes sociales qui vont continuer à être foulées au pied par le nouveau Président, au risque de voir la catastrophe devenir cette fois-ci une réalité dans 5 ans." Le genre de conclusion que Louis Chéret aurait sans nul doute approuvé.

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LOUIS CHERET : UNE VIE DE RESISTANCE, DE MILITANTISME ET D’ENGAGEMENT MUNICIPAL

Né le 9 Février 1904 à Mercatel (entre Arras et Bapaume) dans une famille de journaliers agricoles.
Appelé au service militaire il fut enrôlé pendant 1 an et demi (1925/1926) dans le régiment des tirailleurs algériens qui participèrent au Maroc à la guerre du Rif. D’après les dire de sa mère, il en revint très affecté.
Le 5 Novembre 1926, il est embauché dans la Compagnie des chemins de fer du Nord.
Il épouse le 28 Janvier 1928, Suzanne, avec qui il aura 6 enfants. Jean, Paul, Bernard, André (décédé), Andrée et Pierre.
Des le début des années 1930 il adhère d’abord à la CGTU (révolutionnaire) et au PCF.
Il participe activement aux luttes qui amèneront 1936. Il est déjà l’un des dirigeants de la section communiste des cheminots lensois où il côtoie des militants dont les rues d’Avion, de la cité des cheminots portent leurs noms : Gressier, Altazin, Taverne, Crammer, François, Bové, etc ...
Au début de la guerre, il fait parti des hommes qui seront réquisitionnés afin de maintenir en action les transports ferroviaires exigés par l’Allemagne pour les besoins en matière de la production militaire du Reich.
Dès l’occupation allemande en fin 1940 et en 1941, pour entraver et ralentir les convois vers l’Allemagne, il décide seul de commencer de petits sabotages sur les transports à destination de l’Allemagne. La grève patriotique des 100 000 mineurs du bassin minier en mai-juin 1941 va amplifier cet engagement cheminot pour freiner les trains de charbon vers l’Allemagne qui partent de la zone ferroviaire lensoise (2500 cheminots en 1940 et plus de 3000 mineurs sur Avion et plus de 15 000 sur la zone ferroviaire et d’extraction charbonnière lensoise).
Octobre 1941, il est recruté par ses camarades Alexandre Bové et Henri Crammer avec qui il est en trio comme résistant de l’Organisation Secrète d’abord et des Francs Tireurs & Partisans Français ensuite. De grade de « sergent » il devient rapidement « lieutenant » avec un groupe de 75 militants avec lesquels il a construit un réseau.
Il participe à des sabotages sur l’appareil ferroviaire lensois et multiplie les distributions de tracts pour appeler à résister face à l’occupant au risque d’être repéré.
Les dégâts des sabotages des réseaux de résistance prennent de l’ampleur dans le bassin minier. La répression des envahisseurs et la chasse aux résistants communistes se renforcera. Charles Debarge symbolisera cet engagement des premiers résistants du bassin minier du Pas De Calais.

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Arrêté sur dénonciation

A la suite d’un déraillement dans le triage de Lens de nombreux militants communistes sont arrêtés. Malheureusement, l’un d’entre eux parle sous la torture et cite dans sa liste « Louis Chéret » parmi d’autres.
Le « 26 février 1942 », il est arrêté au 45 Cité Montgré à Avion. La maison est fouillée de fond en comble par les gendarmes de Lens. Rien n’est trouvé pour attester de sa participation à la résistance. L’un des gendarmes aperçoit des tracts sous l’évier. Heureusement, il ne dira rien ce qui évitera une peine très lourde à Louis.
Pour l’anecdote, quelques jours plus tard le gendarme qui a aperçu les tracts viendra prévenir Suzanne son épouse afin qu’elle fasse disparaitre cette preuve qui pourrai aussi lui coûter cher et par voie de conséquences à ses enfants, Jean 12 ans, Paul 6 ans et Bernard 4 ans 1/2.
Torturé et emprisonné à la prison de Béthune puis interné à la prison de Douai-Cuincy, il sera condamné à 5 ans de prison. C’est dans ces prisons que Suzanne et Gaby Vansteenkiste se côtoyèrent car Robert Vansteenkiste et son futur beau-père étaient enfermés aux mêmes endroits : Béthune et Cuincy.
Du jour au lendemain, Louis est radié des cadres de la SNCF et Suzanne se retrouve sans moyens pour faire vivre ses 3 enfants. La solidarité familiale, des amis et de quelques camarades permettent de trouver des solutions.
Deux ans plus tard, le 12 Février 1944, Louis est transféré dans le sud-ouest dans la forteresse d’Eysses (Villeneuve-sur-Lot). Cette forteresse regroupe pour deux tiers, des résistants communistes de toute la France.
Sept jours plus tard, une révolte et une évasion préparée de longues dates par les prisonniers (tous politiques) sont sur le point de se réaliser. Un grain de sable empêche leur réussite. La répression de cette révolte fut menée par les GMR et commandité par l’Amiral Darnand venu sur place. Douze prisonniers seront fusillés le 23 Février 1944 parmi les 1200 détenus pour l’exemple. 400 périrent en camp de concentration.
Un mois après la forteresse est vidée. La division Das Reich qui se rendra macabrement célèbre plus tard à Oradour-sur-Glane est appelée « pour régler » la situation du départ et ne fera pas dans la dentelle. Nombres de détenus seront de nouveau interrogés et tabassés. D’autres iront à pied au pas de course avec les fers aux pieds jusqu’à la gare de Penne d’Agenais distante de 14 km. Un détenu sera abattu car il n’arrivait pas à suivre le rythme. Tous les détenus prennent le 30 mai 1944 le train en direction du camp de Compiègne (Royalieu) après plusieurs jours de voyages en wagon à bestiaux via Bordeaux et Argentan. Ce fut ensuite deux convois l’un le 18 Juin 1944 (dans lequel se retrouva Louis) et l’autre le 2 Juillet 1944 (connu pour être le train de la mort) avec le départ pour le camp de concentration de Dachau, 100 par wagons pour 3 ou 4 jours sans ravitaillement et peu d’eau. Louis parlera peu de ce moment si ce n’est de ses deux camarades Tersin et Taffin et de son travail dans l’usine BMW près de Munich.

Retour des camps et reprise de la vie militante

A la libération le 8 Mai 1945 Louis reviendra du camp de Dachau (Camp d’Allach) très amaigri (à peine 30 kg) et le corps portant pour toujours les stigmates de la sous-nutrition. (voir le livre d’Edouard Dépret qui parle de son retour en gare de Lens). Arrivé en gare de Lens, il ne reconnaitra pas son fils aîné Jean qui courra vers lui.
Fin 1945, après de nombreux soins Louis réintègre son poste de travail à la SNCF. Il reprend ses activités syndicales à la CGT.
La section communiste de la zone ferroviaire lensoise qui inclut la cité des cheminots et de Montgré, le désigne pour être secrétaire de la cellule de la gare de Lens. Membre d’un comité de section de 200 membres, il est élu au secrétariat pour assumer la responsabilité « au masse » (organisation).
Militant très actif, il fait adhérer au PCF de nombreux cheminots et des syndicalistes, comme René Toulouse parmi d’autres. Il s’engage dans la FNDIRP au coté d’hommes comme Paul Dubois, Robert Vansteenkiste et Louis Deneuville et bien d’autres ...
Il participe activement aux grèves de Novembre 1947 amplifiées ici par la grève des mineurs et l’occupation sous ordre de Jules Moch par l’armée des puits de mines en 1948. Ses responsabilités de dirigeant syndical et politique, lui vaut comme de nombreux militants mineurs et cheminots de l’époque d’être révoqué pour avoir (sans preuve) bloqué de nombreux trains. Plus de salaire mais là aussi la solidarité et l’action de la fédération des cheminots CGT joueront et Louis repris en partie sa première activité de couvreur ardoisier avec son jeune frère François.
Grace aux mobilisations nationales et à l’action de la fédération des cheminots CGT (page 226 du livre « Les cheminots dans la bataille du Rail – édition 1967), il fut parmi ceux qui seront rapidement réintégré. Mais pour le secrétaire du Syndicat (Abraham Laquay, 1er adjoint au maire d’Avion) qui habitait et tenait aussi un café au carrefour du pont Bourel, après être réintégré fut une nouvelle fois licencié. N’ayant pas supporté cette décision, il se suicida.

Entrée dans la vie municipale

Fin 1950, déménagement du 45 au 25 Cité Montgré où Pierre naitra.
En 1951, il est proposé par la section communiste des Cheminots pour être sur la liste municipale d’Avion conduite par Amédée Capron. Il est élu conseiller municipal à la commission des travaux
Il met en place un comité des Fêtes Pont Bourel / Cité Montgré et participe activement au comité local d’action social SNCF de la cité des cheminots.
Il est bien entendu de toutes les luttes syndicales et politiques de cette période, marquée par des actions contre les décrets cassant les retraites en 1953 ou dans les manifestations auprès d’Amédée Capron contre les guerres coloniales et pour la Paix en Algérie ( guerre à laquelle son fils Paul participera comme appelé du contingent).
1957, il est de nouveau sur la liste municipale d’Avion conduite par Léandre Létoquart. Il est élu 2e adjoint au maire chargé des travaux et des mariages.
Bien que d’une santé pas toujours florissante, il fut contraint pendant cette époque à des déplacements sur Douai et Valenciennes pour obtenir un déroulement de carrière à la SNCF acceptable. Bernard son 3ème fils entre à la SNCF en 1951 comme apprenti et en 1953 après la réussite de son CAP d’ajusteur devient ouvrier professionnel. Il ne sera jamais titularisé et fut réformé pour une maladie soit disant grave mais qui fut par la suite reconnue bénigne. L’esprit de revanche régnait encore à l’époque dans la direction SNCF qui connaissait bien le pédigrée du père. Il ne voulait pas en plus un fils du même genre.
23 Septembre 1961, Louis meurt brutalement d’une congestion cérébrale provoquée par les conséquences de sa déportation, à l’âge de 57 ans et demi, soit 2 année après sa retraite, laissant à Suzanne, âgée de 53 ans, 2 enfants de 10 et 12 ans.
Il fallut de multiples recours pendant 9 ans à l’initiative de la FNDIRP (Antoniazzi et Vansteenkiste) pour qu’il soit reconnu à titre posthume en 1970 au titre de la résistance « Mort pour La France » et que la pension de Suzanne soit revalorisée et qu’une pension de veuve de guerre lui soit attribuée.
Suzanne continua son combat et participa avec Berthe Foulon et d’autres aux actions de l’UFF, du PCF et au syndicat CGT des retraités SNCF. Elle décédera en Mai 2006 à l’âge de 98 ans en ayant transmis à ses enfants les valeurs de leur pères et les siennes.

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